Case Magazine - Mains d'acier et gant de velours


Dans son atelier à Trois-Bassins , il imagine et fabrique du mobilier, des objets de décoration, des trophées et des sculptures en métal . Une passion et un savoir-faire hérités d'un grand-père, artisan ferronnier. C'est un chemin de fer tout tracé qui attendait Sergio Nève, artiste tout en finesse de la matière brute.


« Tu fais du bricolage ». Il rigolait dans sa moustache le grand-père ferronnier devant le travail en dentelle du petit-fils, lui, l'habitué de l'enclume et du marteau, des grosses pièces, clôtures et rambardes volumineuses. Le temps a passé. L'anecdote reste gravée. Sergio Nève a réussi un jour à épater le vieil artisan, le gagner à sa cause grâce à une sculpture d'1m60, une fanny façon sirène réalisée à l'occasion de l'inauguration du boulodrome de Cannes Mandelieu en 2008. Il y a des expériences qui boostent. Et celle-là plus qu'une autre. Sergio Nève a fini par ouvrir son entreprise en ferronnerie. Autodidacte, il n'avait qu'un diplôme d'électromécanicien en poche, mais déjà une solide expérience de la matière. A l'entrée de l'atelier, dans la zone artisanale de Trois Bassins, l'enclume du grand-père a fière allure. Frappé, éculé, rongé par des heures de travail, l'outil de la nuit des temps est toujours prêt à servir.


Mobilier contemporain


« Je suis arrivé à La Réunion à la fin de l'année 2009 avec du matériel dans mes bagages. J'ai commencé à meubler ma case. Mes réalisations plaisaient autour de moi. Je me suis dit qu'il y avait un potentiel dans le mobilier en fer », relate Sergio Nève, installé depuis presque deux ans dans un atelier qu'il partage depuis peu avec un encadreur.

Dans le vaste hangar, un espace aux murs blancs lui permet d'exposer ses dernières créations : lampes à poser, lampadaire, console à tiroir, chaise de bar ainsi que table basse, table de nuit et bibliothèque seront prochainement livrées chez un particulier. Les outils sont rustiques mais le mobilier imaginé, contemporain. Il profite de l'engouement pour le design industriel lancé avec le style loft. Le ferronnier, lui, apporte sa patte : des finitions soignées jusqu'aux poignets de tiroir, des soudures laissées apparentes, une courbure et des pieds évasés caractéristiques de son mobilier, un acier brut dans sa couleur noire d'origine, « parce qu'elle est noble et lui donne beaucoup de charme ». Et pour finir, une signature, sérigraphiée sur chaque pièce unique.


Esprit créatif


La technique maîtrisée, l'imagination est au travail. C'est ce côté créatif qui le fait vibrer. « J'aime beaucoup créer », répète Sergio Nève. Outre des meubles basiques auxquels il impose son style, il imagine des lampes de fer toutes en finesse et légèreté contre toutes attentes. Elles jouent avec la lumière en la filtrant et distribuent ainsi des ambiances lumineuses décoratives. Du beau travail, il a plu aux visiteurs du marché de Noël de l'Eperon en décembre et aux dernières Rencontres Alternatives de Villèle.

Sa pièce préférée ? Une banquette de style industriel baroque au tissu rose dont il est fier du rendu. Le fer a été cintré à la main. L'objet trône dans le salon de coiffure Les Garçons en Privé à Saint-Gilles. « En général, les clients, particuliers ou entreprises, me laissent carte blanche. Je leur propose un projet, puis un croquis, je le dessine sur du papier millimétré pour un meilleur rendu. Les clients me font confiance », se réjouit l'artisan qui cite un autre travail, assez fou pour être retenu, à la boutique saint-pierroise Zone Jeans : « 150 mètres carrés à aménager en un temps record. Nous n'étions pas trop de quatre sur ce chantier : deux ferronniers et deux menuisiers. » La pièce maîtresse, un îlot central en fer et bois, vaut le coup d'oeil. Les deux boutiques Antidotes de l'île ont elles aussi fait appel à son savoir-faire.


Fer en barres


Gueule noire, visage et mains noircis qui le font ressembler à un mineur de fond, la poussière du fer découpé, poncé, brossé, se pose là où elle peut. Lunette, casque et long tablier de cuir, on ne badine pas avec la sécurité dans l'atelier quand l'une ou l'autre des deux machines à souder aux puissantes décibels fonctionne. Son matériel de base : des barres de fer de 6 mètres de 30 ou 40 millimètres. Les rondins de fer aussi sont achetés en barres de 6 mètres, qui deviendront des barreaux de chaise par exemple.

A la matière froide, Sergio Nève aime associer la chaleur d'un pin sylvestre ciré à l'ancienne et d'un blanc cérusé très chic. Le matériau est livré par planches de 4 mètres de différentes épaisseurs. Le jeune artisan songe à une autre essence, pays celle-là, le cryptoméria. La récupération, très en vogue, il l'envisage même si elle n'est pas à l'ordre du jour. Mais déjà, les chutes de fer occupent toute une étagère. Rien ne se perd.

Burin et huile de coude

Le mobilier fut-il basique exige un travail minutieux dès la coupe au millimètre près. Il demande un esprit créatif, une rigueur et une exigence à toutes épreuves, du travail bien fait et des finitions aux petits oignons. Le burin, comme celui du sculpteur, aide à ôter les grattons, ces boulettes disgracieuses qui s'installent à la soudure. L'artisan applique sur le fer une fois brossé un vernis anti-rouille incolore. Une ou plusieurs couches seront nécessaires en fonction du degré d'humidité de son lieu de destination.

Parmi le matériel encore, des feuilles de tôle de 3 millimètres d'épaisseur. Pour les découper, une machine au design plutôt brut appelé Plasma. Equipée d'un compresseur, sa pointe fonctionne comme un rasoir. Une autre machine, toute ronde celle-ci, sert à plier le fer à froid. De ces torsions imposées naissent de longs cerclages, pour encadrer une table ronde par exemple.


De la finesse dans le dur


Outre du mobilier intérieur et extérieur, et des objets de décoration, l'artisan crée des trophées et des sculptures. Son rêve est que l'une de ses œuvres, monumentales, se retrouve un jour à un rond-point d'une ville réunionnaise.

L'artiste explore la matière, la commande, la plie à toutes ses exigences. Lui trouve de belles associations, avec le Corian, cette résine ultra résistante utilisée notamment en cuisine. L'acier ne se laisse pas toujours mener à sa guise et les ratages existent. Mais les heures passionnées et sans compter à travailler la matière restent gratifiantes. « J'ai toujours travaillé la finesse dans ce que je fais, » rappelle Sergio Nève, un drôle de crayon à la mine de fer, en fait une pointe à tracé qu'il tient fermement en main et pensant déjà à ses prochaines œuvres.

Pourquoi pas un lit à baldaquin ?


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